28h a bord du Coromandel Express

De Chennai a Calcutta

 

 

Commençons par resituer l’événement.
Cela faisait environ quatre mois que je me baladais en Inde. Ce n’était pas mon premier voyage dans ce pays car j’y ai habité pendant un semestre fin 1999 (le siècle dernier!), à l’IITD (Indian Institute of Technology, Delhi) pour faire un stage d’études. Je connaissais surtout le nord. Cette fois-ci j’explorais principalement le sud.
Chennai arrivait après Pondicherry et Mahabalipuram, et n’était qu’une brève étape vers Calcutta. Peu d’échos m’ont laissé croire qu’il s’agissait d’une ville inoubliable. Mais le nom de Madras – comme celui de Pondicherry – l’évoquait ce 17ème siècle colonial, les comptoirs anglais, des luttes et batailles pour l’occupation, une plage presque aussi grande que celle de Miami m’avait-on dit, une belle forteresse et la capitale aujourd’hui d’un Etat immense, le Tamil Nadu.
La grande Madras

Moderne et côtière où les indiens aisés trouvent de quoi s’occuper entre bars, clubs et shopping centers onéreux, elle m’a laissée de marbre.

J’ai séjourné dans le quartier de Triplicane, dans la guesthouse réputée ‘Broadlands’. Un bâtiment ancien et grand ou le calme de la grande cour intérieure fait oublier l’agitation de la rue.
J’ai passé 3 jours à explorer la ville, à chercher quelque chose à aimer.
Cela n’a pas été la plage immense et dégueulasse dont on ne voit même pas le sable caché sous les déchets.
Cela n’a pas été non plus l’air de la ville polluée par le trafic,  les odeurs d’ordures et de défections humaines.
Cela n’a pas été non plus l’architecture des rues qui dissimulait tous les 20 mètres un énième bidonville .
Pour être honnête, je n’ai pas eu de coup de coeur pour Chennai. Mais on ne peut pas tout aimer. Et je crois qu’après 4 mois dans le pays, l’intolérance à la saleté et aux odeurs nauséabondes a pris le dessus sur le reste. Ce séjour touchait a sa fin. Mais d’abord, Calcutta!
Le train du lendemain étant complet, moi étant impatiente de foutre le camp, j’ai pris une des 2 seules places qu’il restait dans le quota touriste, malheureusement en classe ‘sleeper’.
Le train
Je suis montée dans mon wagon, et je n’ai vu que des hommes! tous les regards tournés vers moi. C’est comme dans ce cauchemar où l’on se voit traverser une salle pleine de monde alors que sa jupe est restée relevée, coincée dans la culotte!
Mon compartiment – ouvert – est déjà surchargé. 10 personnes au lieu de 8. Vive la promiscuité en Inde! les passagers avec un billet « non confirmé » (sur liste d’attente) montent quand même dans le train malgré la taxe qu’ils paieront au contrôleur. De plus, d’autres voyageurs s’entassent debout ou assis par terre pendant des heures, aux extrémités des wagons, près des WC. Et voilà des trains bondés.

Le voyage a commencé vers 8h45 du mat.

Passe-temps pendant 28 heures
Autour de moi, Personne ne parlait anglais. Les conversations étaient donc limitées. C’est pas grave, je pratique dans ce cas – comme souvent – la méditation silencieuse…
J’ai beaucoup lu (ma liseuse est ma meilleure amie dans ces moments-là !), regardé quelques séries sur mon micro laptop jusqu’à ce que la batterie meurt et j’ai siesté un peu sur ma banquette collée au plafond. Finalement la haut j’étais un peu à l’abris des regards.

J’ai goûté à la cuisine du train, un egg biryani rice. J’ai pris des risques c’est évident. Mais j’ai la chance d’avoir un système immunitaire à toute épreuve ! Espérons que cela dure.

Squat en bout de wagon
Il y a plein de vent en bout de wagon car les portes du train sont toujours ouvertes. C’est finalement l’endroit où l’on peut respirer, apprécier la vue de la campagne et des rizières au coucher du soleil. C’est magnifique. Le ciel était rouge. Je me suis évadée.
J’ai pu aussi recharger mon téléphone et briser la glace avec les gars qui s’entassent, par terre ou debout, près des portes.

Au début, lorsque je voyais des passagers jeter des sacs d’ordures par dessus bord, je faisais la police. Gentiment mais donneuse de leçon quand même. Au bout de quelques heures, j’ai abandonné. En Inde, on apprend a lacher prise, sinon on devient fou !

 

La nuit
Je n’ai pas beaucoup dormi malgré le masque et les bouchons d’oreille. La banquette était dure, des relents d’urine me chatouillaient les narines dès qu’il y avait un courant d’air, des gens montaient et descendaient toute la nuit et parlaient fort.
Puis dès 4h du matin les vendeurs de chai et de samosa se sont mis à hurler. C’est ça la classe sleeper.

Le pipi du matin etait une épreuve. J’ai beau me retenir le plus longtemps possible, quand faut y aller, faut y aller ! De nouveau avoir à affronter les regards des hommes du wagon. De plus, les WC à la turque après 24h de route, c’est difficilement supportable. Ca empeste, ça bouge, ca glisse… J’ai retenu ma respiration,  je me suis largement éclaboussée… et mon pied a bien failli se retrouver dans le trou !

 

La cour des miracles
Et puis la matinée s’est passé comme la veille: Le défilé a repris! les estropiés, les gamins en guenilles, les vieux bossus…
Un type avec une elephantiasis et un trou géant dans le pieds m’a fait pousser un cri de dégoût !
Le seul spectacle amusant c’est le passage des ‘castrés’. Ce sont des travestis. il a dû y en avoir une bonne vingtaine sur ce trajet !
Elles sont en général en petit groupe et elles ont peur hommes ! C’est drôle à voir. elles leur mettent des petites tapes agressives sur la tête pour leur rappeler que s’ils ne donnent pas un petit billet ils vont se manger une bonne rouste ! Donc tous finissent par donner! C’est sûrement l’occupation qui paie le mieux en Inde après acteur de cinéma et ingénieur en informatique.

En plus des mendiants, il y a  tous les vendeurs à la criée qui défilent: les vendeurs de snacks, de boissons sucrées, de jouets en plastique (les mêmes que ceux qu’on trouve sur les champs Elysées), de parfums, de médicaments… c est pas reposant, mais j ai  filmé donc je me suis bien marrée!

 

Arrivée à Calcutta
A 5 min de l’arrivée, le train était à l’heure. Pourtant, il s’est arrêté pendant une bonne demi heure alors qu’on avait déjà tous nos sacs en main ou sur le dos ! Et à cette heure-ci il faisait une chaleur d’enfer…
Quand j’ai Finalement mis le pied sur le quai de la gare, j’ai ressenti une joie immense !
Imagine toi… j’étais enfin arrivée à la cité de la joie !!!
Si vous voulez un coup de pouce, contactez-moi. Et pour lire plus d’articles, cest ici!
AdeleMentor
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